Souriez, c’est la rentrée !

Tout au long de ces semaines de septembre, mois de rentrée dans les clubs amateurs, Foot Citoyen accompagne les entraîneurs et dirigeants sur le chemin d’un football plus éducatif. Dans un premier temps, il sera plus question d’épanouissement et de réalisation que de« gagne », chez les jeunes que vous entraînez et « éduquez ». Mais vous vous rendrez vite compte que derrière un beau projet pédagogique se cachent les semences des victoires footballistiques… et humaines de demain.

Chaque semaine, depuis maintenant quatorze ans, les membres de l’association Foot Citoyen arpentent les terrains de football de l’Hexagone. Chaque week-end, chaque jour de match ou d’entraînement, en arrivant dans une ville, un village, un quartier, nous espérons voir des gamins heureux s’éclater en tapant dans un ballon. Mais souvent, trop souvent, nous sommes… déçus !

Présentations faites, nous nous disons que les vestiaires vont résonner de rires d’enfants… Doux rêves ! A peine le bonjour passé, on réclame déjà du sérieux, de l’attention, de l’engagement, de l’envie… Alors le regard des enfants se vide. Il se fait craintes, il exprime la tension, la pression, le stress. Les têtes se baissent, les voix faiblissent, quand les envies de dribbles, de frappes, d’envolées s’en vont mourir dans un coin de tête, une armoire d’inaccessibles espoirs… d’espoirs inassouvis.

Pour le club, pour l’équipe, pour l’entraîneur, « falloir » se conjugue à tous les temps, retentit dans de très nombreuses phrases, leitmotiv d’une logorrhée de consignes sans fin, sans fond, sans sens… Il faut gagner ! Il faut être le premier ! Il faut en vouloir ! Il faut se replacer ! Il faut être le meilleur ! Il faut avoir envie ! Et pour finir, l’ordre ultime et traditionnel : « Faites-vous plaisir ! » Et oui, il FAUT bien le prononcer quand même ce mot que les enfants sont venus chercher en achetant leur première paire de chaussures de foot et en franchissant la porte du stade. « Faites-vous plaisir ! »…

 

EXTRAIT DE DISCOURS D’AVANT MATCH EN U10

« ET ON SE FAIT PLAISIR »

 

C’est moins évident à mettre en pratique, parce que le bonheur ça ne s’impose pas, ça se construit, ça se crée, ça se mérite ! Déjà que l’on ne peut quasiment plus célébrer un but sous peine de déconcentration, alors se faire plaisir… Comme s’il était facile de se faire plaisir quant au moindre écart de consigne, on est recadré, engueulé, montré du doigt, pris à partie. Comme si le simple fait de le demander, de le dire, suffisait à rejoindre le monde d’Épicure au milieu de milliers de piqûres de rappel… à l’ordre.

Il faut, il faut, il faut ! Comme une faux qui s’abat sur les joies, les espérances et les rêves de jeu d’enfants. 

Après le « Il faut ! » du vestiaire, s’en vient le « Fais pas ci ! », « Fais pas ça ! », et les crises de nerfs des maîtres tacticiens frustrés sur le bord de la touche face à des joueurs qui ne réagissent pas à leur moindre injonction comme cela se passe habituellement sur leur console de jeu.

« Pas possible ça ! », ce gamin de 10 ans qui n’a même pas été capable de faire une transversale de 30 mètres, qui n’a même pas vu son partenaire démarqué, qui a raté son contrôle, qui n’a pas suffisamment appuyé sa passe, qui n’a pas été assez adroit devant le but, qui n’est pas revenu défendre, , qui n’est pas allé assez vite, qui n’a pas levé la tête, qui n’a pas écouté son entraîneur et ses adjoints lui hurler dessus, qui n’a pas pu aller au marquage parce que ce même coach lui expliquait ce qu’il aurait dû faire sur l’action précédente !!! Tiens, pour la peine : « Tu sors !!! » Petite question : et vous à 11 ans, vous faisiez tout ça ?

A croire qu’ils ne font rien de bien ces petits… Ah si, ils ont réussi un superbe jeu en triangle, une jolie frappe dans la lucarne, un décalage côté droit, un crochet vif, malgré un coach qui lui a dit « Lâche ta balle !!! » avant même qu’il ne l’ait contrôlée, un appel incroyable, une passe simple mais si jolie pour mettre leur partenaire dans les meilleures conditions… Mais ça, c’est normal, alors on ne va quand même pas les féliciter, des fois qu’ils prennent la grosse tête.

Alors, à l’issue de matchs, des gamins pleurent, certains jettent leurs protège-tibias de rage sur le terrain, d’autres invectivent l’arbitre, à l’image de leur entraîneur qui ne s’est pas privé de le faire pendant une demi-heure, d’autres boudent, râlent après leurs partenaires, ragent après un adversaire, envoient des coups de pied sur les poteaux, les bancs de touche… Pas étonnant, il faut bien qu’ils évacuent leur frustration, leur sentiment d’échec, avant d’entendre les critiques finales et les sempiternelles questions d’après-match de leur entraîneur qui, vraiment, ne comprend pas, et qui entame son débriefing de suite après le coup de sifflet final par cette question : « Qu’est-ce qui n’a pas été ? » Suivie de sentences et interrogations d’entraîneurs qui, pourtant, voudraient si bien faire  : « Vous êtes incapables de vous faire des passes. » ; « Vous n’osez pas ! » ; « Vous n’avez pas envie de jouer ? » ; « Vous n’avez pas envie de vous faire plaisir ? »…

Et ce dernier message lapidaire à ressasser toute la fin de week-end par des gamins, avant de retourner à l’école : « Arrêtez le foot, si vous n’avez pas envie ! ».

Il va alors en falloir de… l’envie de jouer, du plaisir, de l’amour du ballon rond pour aller à nouveau à l’entraînement faire des exercices pas toujours très funs pour réparer ce qui n’a pas été le dernier match, puis celui d’après…

Chers entraîneurs, chers « éducateurs », vous rendez-vous compte de tout cela ? Avez-vous conscience de la violence de vos propos à l’égard de jeunes qui viennent, avant tout, pour prendre du plaisir ? Et vous, d’ailleurs, prenez-vous du plaisir ? Pourquoi rendre esclaves ces enfants et adolescents de vos volontés championnes ? Pourquoi penser nécessairement qu’être en club est synonyme de performance extrême, d’exigence absolue, de sérieux « systémique » ? Est-ce donc ainsi que l’on se doit d’enseigner le football aux enfants, de leur transmettre l’amour du jeu, de les éveiller au plaisir, aux bienfaits et aux valeurs positives du sport, de les éduquer, de créer le socle positif qui leur permettra d’avancer et progresser… Ne peut-on penser entraînement de manière ludique et joyeuse ?

Alors, en cette période de rentrée, à ce moment de la saison où vous devez construire votre projet pédagogique, pour ces gamins, mais aussi pour tous les joueurs de clubs dit amateurs, nous disons : « Il FAUT que cela cesse ! »

Pour être bon, un enfant doit être bien !

Pour être meilleur, un enfant doit être heureux !

Et c’est à vous, entraineurs et éducateurs, dirigeants et bénévoles, parents et accompagnateurs d’équipes de créer ce climat de réussite et d‘épanouissement individuel et collectif. Nous avons envie, à Foot Citoyen, que cela soit votre mission première.

C’est à vous, courroies de transmission, porteurs du savoir, de donner les clés et messages de demain à vos enfants.

La tâche est rude, la remise en question ardue, mais nécessaire, sous peine de continuer à créer des joueurs sans âme, sans envie, sans amour, qui, un jour, trop tôt toujours, diront « j’arrête ».

Au service de ce sport exceptionnel, Foot Citoyen existe pour changer quelque peu les choses. C’est pourquoi, après cet état des lieux, nous avons décidé, à travers ce guide de rentrée, de vous accompagner sur un autre chemin, celui d’un football épanouissant, éducatif, responsabilisant, joyeux… Où le plaisir ne s’impose pas, mais se construit et se vit !

 

pour finir sur une note encourageante…
VIDEO D’UN ATELIER FOOT CITOYEN MENE
AUPRES D’UN EDUCATEUR U10 DE VAULX EN VELIN
EXEMPLE D’UNE REMISE EN QUESTION EXEMPLAIRE 

Frédéric Hamelin