Parents, voyez le bon en vos enfants

(Contexte) Chaque semaine, David, membre de Foot Citoyen et entraineur en catégorie U13, partage un élément de coaching, une question liée à la gestion de ses joueurs et du jeu. Chaque thème est inspiré d’une situation vécue lors d’un match ou d’un entrainement.

 Episode 2 

Cette semaine, je vais aborder le cas de Léo, un joueur en manque de confiance sur le terrain, souvent critiqué par ses coéquipiers et régulièrement dévalorisé en fin de match par… sa maman. Mon rôle d’éducateur consiste alors à valoriser et encourager les progrès du joueur, mais aussi de les signifier à ses parents. But de la démarche : générer une prise de conscience des efforts réalisés par leur enfant, et espérer que ce soutien s’applique aussi en dehors du terrain.

Lorsque je l’ai remplacé, après 30 minutes de jeu, lors d’un match, Léo s’est assis sur le côté et a placé sa tête dans ses mains. Le voyant figé dans cette position, je lui ai demandé au bout d’un moment si tout allait bien. Il m’a alors répondu : « J’ai été nul, on a pris les buts à cause de moi. » Léo a joué toute la première période au poste d’arrière droit. Je l’ai fait jouer à cette position pour le mettre à l’aise, car il a encore beaucoup de mal à se situer et à se déplacer sur le terrain. Sa maîtrise technique n’est pas non plus son meilleur atout, car il a commencé depuis peu le football. En le faisant jouer défenseur, je souhaitais le mettre dans les meilleures conditions d’apprentissage : lorsqu’il avait le ballon, il devait chercher un partenaire vers l’avant, et lorsqu’il défendait, il devait tout faire pour gêner l’adversaire et si possible lui prendre la balle.

Des progrès à souligner, des erreurs à oublier
En défense, Léo a parfaitement rempli sa mission, s’arrachant sur chaque ballon, revenant après avoir été dribblé, démontrant une volonté que je ne lui connaissais pas. Il faisait plaisir à voir et je n’ai pas cessé de l’encourager pour chaque ballon défendu, chaque effort réalisé. En attaque, il a effectué de bons appels, ce qui était rare jusque là chez lui, mais a parfois mis trop de temps avant de prendre une décision et faire une passe. Sur l’une de ses relances interceptée, les adversaires ont marqué leur premier but. Certains coéquipiers lui ont reproché l’erreur, et la suite a été plus difficile pour Léo, qui a alors montré quelques signes de panique : une passe simple envoyée directement en corner, ou un blocage complet au moment de chercher un partenaire, qui lui vaudra de perdre un ballon dans sa surface.

Très fier de son comportement
A sa sortie, Léo s’en voulait d’avoir raté ces gestes, et de faire perdre, selon lui, son équipe : « J’ai été nul… » . Je lui ai alors dit clairement et sincèrement ce que je pensais de sa prestation : j’étais très fier de son comportement en défense, d’avoir même sauvé l’équipe à plusieurs reprises. Concernant les passes ratées, je lui ai dit que ce n’était pas grave et que lui et l’équipe allaient progresser dans ce domaine grâce à l’entraînement. Je l’ai ensuite fait rentrer quinze minutes, en fin de match, au poste de milieu excentré, où il se révéla comme prévu assez transparent, ne sachant que faire en attaque et en défense.

Sensibiliser les parents après match
A la fin du match, la maman de Léo me dit, devant son fils : « C’était pas terrible, surtout Léo, il n’a pas couru, il n’a rien fait. » Ce n’était pas la première fois qu’elle faisait ce type de remarque. La maman ne se voulait pas malveillante, mais il était certain, étant donné son peu de confiance en lui, que sa phrase avait touché Léo. Je me suis empressé de rectifier : « Non, pour moi il a fait un très bon match, il s’est donné à fond en défense et a fait de vrais progrès à ce niveau. Il a donné son maximum. » La maman parut agréablement surprise : « Ah bon, je n’ai peut être pas bien vu alors… »

Parents et entraîneurs : revoir nos attentes
Dans le cadre du sport, les entraîneurs et les parents se plaignent souvent du manque d’envie et de motivation des jeunes. S’ils ratent une passe, c’est parce qu’ils ne s’appliquent pas. S’ils semblent apathiques, c’est parce qu’ils ne sont pas concentrés. S’ils ne courent pas tout le temps, c’est parce qu’ils n’aiment pas faire des efforts. A croire qu’il faut toujours trouver un coupable, et que le fautif est toujours le jeune lui-même. A croire, aussi, que les adultes sont eux toujours irréprochables. Cette approche est pourtant contre productive à deux niveaux :

– Ces raccourcis ne font qu’enfoncer les jeunes, leur font perdre confiance en eux et les stressent, d’autant plus que ces critiques ciblent directement leur personnalité et leur caractère.

– Ils témoignent le plus souvent d’une analyse erronée de la situation : dans le cas de Léo, sa Maman lui reproche son manque d’envie alors qu’il manque tout simplement de repères sur le terrain et de qualités footballistiques pour s’exprimer et se lâcher. Autant de choses qui s’améliorent avec la pratique et un accompagnement adapté. Si on évalue en amont le niveau et les capacités réels de chaque joueur, on peut ensuite s’appuyer sur les progrès qu’il peut réaliser. En étant trop exigeant avec les joueurs, en leur demandant à tous d’atteindre un niveau minimal acceptable, on leur inflige une pression qui s’avère toujours néfaste.

Cette démarche doit venir de l’entraîneur, mais doit être prolongée et partagée par les parents. A eux aussi de mettre leur enfant dans de bonnes conditions pour devenir à la fois meilleur joueur et jeune épanoui.