« Emu par mes joueurs »

(Contexte) Chaque semaine, David, membre de Foot Citoyen et entraineur en catégorie U13, partage un élément de coaching, une question liée à la gestion de ses joueurs et du jeu. Chaque thème est inspiré d’une situation vécue lors d’un match ou d’un entrainement.


 Episode 6 

Didier Deschamps a plusieurs fois été ému par le comportement de ses joueurs pendant du mondial. Cela nous fait un point commun avec le sélectionneur des Bleus, car j’ai moi aussi connu cette sensation très agréable, lors d’un match de fin d’année. Mon objectif est désormais clair : revivre cela le plus souvent possible.

Il reste 5 secondes à jouer, le score est de 2-2 quand Loïc, notre gardien, repousse une frappe lointaine de l’attaquant. Le ballon roule le long de la ligne, un adversaire s’approche, s’apprête à tirer mais Loïc, toujours lui, surgit et tend ses bras pour sauver son but. Toute notre équipe explose de joie, parents compris. Ce match, l’avant dernier de la saison, a été magnifique et il aurait été cruel pour les jeunes qu’il se termine sur une défaite au tout dernier moment. Je vais saluer les jeunes adversaires, dont beaucoup pleurent ou sont en colère, alors que les miens respirent le bonheur. Je plane un peu aussi, comme boosté à l’adrénaline : les jeunes se sont tous éclatés et nous ont fait passer un superbe moment.

Motivation par le plaisir
Avant la rencontre, j’ai un peu changé ma façon de faire. Je suis allé voir chaque joueur pour le motiver. Quelques U11 sont venus compléter l’équipe et j’ai tenu à les rassurer et les encourager un à un : « fais ce que tu peux, ne te mets pas de pression, amuse toi et tout se passera bien. » Avec Carine, la fille du groupe qui joue au foot depuis un an seulement et qui a du mal à se situer sur le terrain, j’essaie pour une fois de la pousser à se lâcher : « Tu défends de mieux en mieux, mais je n’ai pas l’impression que tu te fasses plaisir, tu te caches parce que tu as peur de mal faire. Aujourd’hui, je veux te voir tenter des choses, tant pis si tu rates mais vas y à fond. » Moussa, latéral droit plutôt maladroit, devra monter plus que d’habitude : « Tu es trop souvent prudent sur ton côté, n’aies pas peur de tenter, de réussir ou de rater. Aujourd’hui on se lâche ! » Par peur de les brusquer, j’avais peut-être tendance, avant, à ne pas assez les motiver. J’ai pensé qu’en leur demandant de sortir de leur zone de confort, cela pouvait leur mettre une pression positive. Je parle aussi à Rayan, descendu de l’équipe 2 pour des problèmes de comportement, impulsif et individualiste. Je décide de lui confier… le brassard : « Aujourd’hui je te fais confiance pour tirer tout le monde vers le haut, sur le terrain et en dehors. Je compte sur toi pour montrer l’exemple. » Je les ai tous sentis déterminés, en confiance. Si habituée à éviter les balles, Carine m’a même dit : « Aujourd’hui je laisse aucun ballon passer. Ça va taper dans tous les sens ! »

Le match des miracles
Le match se déroule bien en première mi-temps, chaque joueur tente des choses, sans que ça soit incroyable pour autant. Moussa tente deux dribbles de relance depuis son côté droit, ce qu’il n’avait jamais osé faire avant. Ça passe une fois, l’autre un peu moins : « Super Moussa, tu as raison ! » Carine est bien présente, elle fait un crochet, tente des passes, s’aventure en attaque. Elle se montre, touche beaucoup plus la balle que les précédents matchs. Les joueurs U11 sont épatants de maturité et se donnent à fond. Puis vient la deuxième mi-temps, et le miracle, ou plutôt la série de miracles. Tous les joueurs semblent habités sur le terrain, une force les pousse à oser et réussir des gestes inédits. Moussa traverse le terrain en dribbles plusieurs fois, trouve des relais parfaits avec ses coéquipiers. Tout le monde s’arrache et défend en équipe. Mes deux joueurs les plus maladroits manquent de marquer : Abdou, droitier aux deux pieds gauches, frôle la lucarne ; Carine fait un appel en profondeur, élimine le défenseur d’un râteau et voit son tir repoussé par le gardien. Même sans but, tout le monde crie de joie tellement ces situations paraissent incroyables. Rayan affiche un comportement extraordinaire, court de tous les côtés, se démène en défense, passe la balle au moment juste, lui que tout le monde critique sans arrêt pour ses dribbles de trop. C’est un vrai spectacle, pour qui a l’habitude de voir évoluer ces joueurs.

Heureux de les voir épanouis
Cinq parents m’accompagnaient sur le bord du terrain. Tout le monde était heureux et fier de l’équipe. A un moment, l’avant centre Fabrice est revenu défendre avec tellement d’ardeur que nous avons tous ensemble poussé un cri de joie. Sur un ballon repoussé en touche ! Cette action m’a marqué, parce que je me suis rendu compte que nous étions tous émus par ce qu’ils montraient. J’étais ému de voir ces jeunes se dépasser, tout donner, oser, tenter des choses et ne pas calculer. J’étais heureux de les voir pleins de vie, s’épanouir et révéler toutes les qualités individuelles et collectives qu’ils avaient en eux. J’ai compris ce jour là quelle était ma motivation première en tant qu’éducateur : permettre aux joueurs, par la confiance, la bienveillance, la motivation, d’exprimer le meilleur d’eux-mêmes et de révéler tout leur potentiel sportif et humain, en prenant un maximum de plaisir. Vivement la saison prochaine !