Chapron, Menes et vidéo

Intervenir un lundi autour du respect de l’arbitre est toujours l’assurance d’avoir un sujet polémique à traiter, suite à la journée de Ligue 1 du week-end. Ce lundi 15 janvier, alors que Foot Citoyen intervenait autour de l’arbitrage auprès d’une classe de 3ème du collège Pierre Valdo à Vaulx-en-Velin, l’actu chaude était toute trouvée : Tony Chapron venait de tacler.

La classe du collège Vaudais auprès de laquelle nous intervenons ce lundi est un peu particulière. Elle participe depuis septembre 2016 à un projet éducatif Erasmus, Fairplay4eu, qui regroupe 5 classes de villes et pays européens (Pays-Bas, Lituanie, Italie, Allemande et donc France). Tour à tour, de 2016 à 2018, chaque collège accueille les autres délégations durant une semaine et organise des rencontres et activités en lien avec un thème précis, défini par une valeur. Si les voyages forment la jeunesse, les professeurs en profitent également pour faire plancher leurs élèves. Ces rencontres sont ainsi l’occasion d’aborder des thèmes citoyens et d’approfondir leurs connaissances. L’histoire et la géographie, par exemple, des pays rencontrés. L’initiation aux langues étrangères. Ou encore la sensibilisation aux valeurs éducatives et citoyennes. Dernier hôte de ce beau projet, le collège Pierre Valdo organisera son événement du 28 janvier au 2 février prochain. Une semaine placée sous le signe de la « Tolérance ».

Les arbitres, ces interprètes
De tolérance, il en est forcément question lorsqu’on évoque le respect de l’arbitrage. Être ou ne pas être tolérant avec les arbitres, telle est la première question que nous posons aux élèves. L’effectif de la classe est hétérogène : beaucoup de handballeurs, quelques footballeurs, une boxeuse, une nageuse. Pour la majorité d’entre eux, l’image des arbitres s’avère négative. Nous leur montrons alors un petit film tourné par Foot Citoyen, regroupant des images du foot amateur. Des contestations, des cris, des plaintes de joueurs et entraîneurs, une agression d’arbitre aussi. Ou encore l’interview d’après match d’un jeune officiel, qui évoque ses difficultés à gérer le comportement virulent des joueurs. Les élèves constatent la difficulté de leur tâche : « C’est dur de voir les entraîneurs crier. Même s’ils ont raison parfois. » Pourquoi ont-ils raison ? « Parce que leurs décisions sont injustes. » « Les joueurs cherchent les problèmes aussi. Ils trichent un peu. », concède un élève. « Quand tu es arbitre, tu ne peux pas tout voir ». Se mettre à la place de l’arbitre, admettre la complexité de sa mission. Une première étape nécessaire pour une meilleure entente, une meilleure compréhension et plus de tolérance.

Nous leur demandons combien existent de lois du jeu. Aucune bonne réponse en retour : « Il en existe 17… Pour mille interprétations possibles. » La non acceptation des décisions, de l’interprétation des actions, semble être le point central des problèmes envers les arbitres. Comment faire pour admettre que l’arbitre puisse avoir un avis différent du sien ? Comment surpasser ce qui est vécu comme un sentiment d’injustice ? Une première vidéo est projetée pour illustrer la complexité de la question. Elle montre des actions litigieuses, généralement au cœur des surfaces de réparation. Les élèves prennent le sifflet : penalty ou pas penalty ? Dans le feu de l’action, les avis divergent. Avec les ralentis, certaines décisions changent mais le débat est tout aussi ouvert. Certains pensent que le joueur se laisse tomber, d’autres qu’il est déséquilibré. Moralité : malgré des opinions contraires, on peut tous avoir raison.

Contestations face caméra
Une élève suggère que l’aide technologique soit généralisée pour régler ces désaccords : « L’arbitrage vidéo va les aider à éviter les erreurs. » Des mauvais jugements pourront être corrigés dans l’instant, c’est vrai. Mais le problème paraît plus profond dans le football, et cet outil risque simplement de déplacer les contestations vers l’arbitre vidéo. Nous visionnons alors un autre film, issu d’un match joué quelques jours plus tôt. Rennes – Toulouse, en quart de finale de la Coupe la Ligue, le 10 janvier dernier. Sur un dribble dans la surface adverse, l’attaquant Toulousain Max-Alain Gradel s’écroule et demande le penalty. L’arbitre ne l’accorde pas mais, comme il en a le droit dans cette compétition, demande l’aide de l’arbitre vidéo. Après avoir consulté ses ralentis, celui-ci confirme l’avis de l’arbitre central. Les élèves, eux, sont partagés. « Penalty » crie la moitié ! « Six mètres » dit l’autre, qui considère que le contact n’est pas assez franc entre le défenseur et l’attaquant. Pour tous, impossible d’être sûr à 100%. Pourtant, dans l’interview d’après match, le joueur toulousain s’en est pris à l’arbitre vidéo, regrettant qu’il n’ait pas pris la bonne décision malgré tous les ralentis. Sur ce sujet, on peut aussi regretter la prise de position du consultant TV Pierre Ménès dans un article :

Non, les arbitres ne sont pas « nases », ou « incompétents », ils ont simplement un avis différent de Pierre Menès ou du community manager du Toulouse FC, qui sur twitter comparait l’arbitre à Gilbert Montagné (et pas pour ses qualités de chanteur). Un professeur du collège tente de trouver une explication à cette contestation récurrente : « On est toujours surpris de voir que nos jeunes respectent les arbitres dans tous les sports sauf au foot. J’ai l’impression que c’est culturel, inhérent à ce sport. » On préfère parler de mauvaises habitudes prises dans le monde du football, et notamment au Sud de l’Europe, France comprise, parmi ses acteurs et ceux qui les entourent (les médias notamment). Preuve en est, les Anglais se montrent généralement plus indulgents avec les arbitres et sévères avec les tricheurs que dans de nombreux pays. La confirmation qu’avec un peu de volonté, une forme de respect est possible.

Tous gagnants en se calmant
C’est le moment du dernier atelier. Les élèves se plongent alors dans un monde imaginaire, où les arbitres seraient tous et tout le temps respectés. Quelles seraient les conséquences positives d’une telle entente ? Les réponses s’enchaînent :

– Les joueurs pourraient se concentrer sur le jeu et être plus performants
– Enlever de la tension, ce serait bon pour l’ambiance des matchs
– On serait moins frustrés, moins en colère
– Augmenter la confiance et la sérénité des arbitres. Ils auraient moins peur de se tromper
– Perdre moins de temps dans le jeu

Les remarques rappellent combien tous, joueurs, entraîneurs, arbitres, spectateurs… peuvent tous trouver un intérêt à calmer le jeu vis-à-vis de l’arbitre. Tolérer ses décisions, son point de vue, ses erreurs. Respecter l’être humain, ses ressentis, ses émotions, sa fragilité. Et même accepter qu’un arbitre comme Tony Chapron, qui mettra un terme à sa carrière en fin de saison, craque et pète les plombs.