« C’est quoi le score ? »

(Contexte) Chaque semaine, David, membre de Foot Citoyen et entraineur en catégorie U13, partage un élément de coaching, une question liée à la gestion de ses joueurs et du jeu. Chaque thème est inspiré d’une situation vécue lors d’un match ou d’un entrainement.

 Episode 3 

Quand on veut savoir comment s’est passé un match dans le monde amateur, la question est quasi systématique : on demande le score en premier lieu. En cas de victoire, c’est la gloire. En cas de défaite, on fait la tête. Problème, cette habitude conditionne le rapport au résultat chez les joueurs -notamment les plus jeunes- et leur entourage, qui ont ainsi plus de mal à apprécier un match quand ils ne le gagnent pas. Et si on changeait la question (pour nos champions) ?

La scène a lieu au début de l’entraînement, un lundi. Entraîneur de l’équipe 3, je demande à Quentin, joueur de l’équipe 2, si son match s’est bien passé samedi dernier :

– Non, on a perdu 4-3
– Ok, mais c’était bien le match ?
– Ben non, je viens de te dire qu’on a perdu 4-3
– Mais vous avez bien joué, t’as pris du plaisir, y a eu du suspense ?
– Euh… On peut pas dire ça quand on perd…

L’échange est révélateur de l’importance que l’on accorde au résultat dans le monde du football et dans le sport en général. « Combien vous avez fait » est la question que l’on pose le plus souvent pour s’informer du déroulement d’un match. C’est le cas dans mon club, par exemple, où le responsable de ma catégorie m’appelle chaque samedi après-midi et me demande comment la rencontre s’est passée. Je ne lui parle jamais du score en premier, et je réponds tout le temps par les points positifs, autour du fait que les joueurs ont donné leur maximum, ou bien qu’ils ont montré des progrès dans le jeu collectif. Il me demande aussitôt : « Mais combien vous avez fait ? » Quand nous perdons, ce qui est arrivé assez souvent, dont une fois lourdement (6-2), il fait clairement entendre sa déception. Pour lui, comme pour Quentin, seul le résultat semble compter, et le reste (qualité de jeu, plaisir, mouvements, dépassement de soi…) n’a plus d’importance.

Question banale… en apparence
« Combien vous avez fait ? »
Pendant longtemps, j’ai moi aussi posé cette question aux joueurs ou entraîneurs que je rencontrais après leur match. C’est un penchant naturel, dans le monde du sport, car c’est la seule information fiable et tangible que l’on peut obtenir sur la rencontre qui s’est jouée. On fait au plus simple, au plus rapide, au plus efficace. Demander le score, quoi de plus normal ? Le problème est que cette approche nous pousse, à force, à lier le résultat avec la qualité du match. Au final, quoique l’on puisse dire derrière, joueurs et entraîneurs sont évalués et reconnus par leurs seuls résultats, et il devient impossible, en cas de défaite, de trouver des raisons de se réjouir.

Fixer d’autres objectifs
J’ai changé cette habitude depuis quelques années grâce au travail mené avec Foot Citoyen, à l’aide d’un moyen très simple : fixer d’autres objectifs que le résultat avec mes joueurs. Quand nous avons perdu 6-2, par exemple, ils étaient frustrés et déçus, certains se sentaient même un peu humiliés. J’ai alors commencé par les féliciter de n’avoir rien lâché (rester solidaires, l’un des objectifs), puis la discussion a continué autour du jeu et de leur attitude. Pourquoi nous avons perdu ? Qu’est ce que nous avons fait de bien ? Qu’est ce que l’on pourra améliorer la prochaine fois ? Puis, pour finir, est-ce que c’est grave d’avoir perdu ? « Non » ont-ils répondu (timidement, j’avoue). Une chose est sûre, cette discussion leur a permis de chasser une partie de leur frustration et d’utiliser cette défaite pour avancer et progresser. Comme le disait si bien Nelson Mandela : « Dans la vie, je ne perds jamais. Soit je gagne, soit j’apprends. »