« Trop gentil » ?

(Contexte) Chaque semaine, David, membre de Foot Citoyen et entraineur en catégorie U13, partage un élément de coaching, une question liée à la gestion de ses joueurs et du jeu. Chaque thème est inspiré d’une situation vécue lors d’un match ou d’un entrainement.


 Episode 5 

Pendant un entraînement, un collègue entraineur des U13 m’a dit : « il y a un parent qui parlait de toi l’autre jour, pendant un match, il disait que tu étais trop gentil avec les joueurs. Je suis assez d’accord avec lui, tu es trop patient… » « Trop gentil »… Je n’ai pas mis longtemps à comprendre que la formule n’était pas destinée à me mettre en valeur. Gentil, passe encore, mais « trop » gentil, là ça ne va plus, on passe dans le côté obscur de la bonté, quand la gentillesse devient faiblesse.

Perdre = crier ?
J’ai repensé au match concerné : une défaite 7-3 où l’équipe avait encaissé but sur but après avoir résisté pendant une mi-temps. J’avais tout fait pour maintenir les jeunes concernés et on avait même fêté le dernier but du match, notre troisième, parce qu’il démontrait que les joueurs n’avaient pas lâché malgré la domination de l’autre équipe. Pour moi, le match était une réussite, parce qu’ils étaient restés soudés et avaient tout tenté pour revenir. J’étais aussi réaliste : il y avait un niveau d’écart entre l’équipe adverse et la nôtre. Le parent en question n’a pas dû comprendre pourquoi je ne m’étais pas énervé alors qu’on encaissait but sur but. C’est pourtant un théorème bien appliqué dans le monde du football : si on prend plusieurs buts à la suite, le coach est censé crier sur ses jeunes pour que ça s’arrête. Je n’ai jamais adhéré à cette méthode de remobilisation, car son impact s’avère toujours négatif. Et d’un point de vue sportif, crier sur les enfants ne les aide ni à comprendre pourquoi ils ont fait une erreur ni à progresser. Lors du match suivant, j’ai compris ce que me reprochait exactement ce parent, car il me l’a cette fois expliqué en face à face.

Les jeunes sous pression
C’était lors du dernier match de la saison, au cours duquel j’ai eu une altercation avec ce parent (raconté dans cet article). Plusieurs heures après l’incident, nous avons discuté de ma façon d’entraîner. Il me reprochait de ne pas assez motiver les jeunes, de ne pas leur mettre assez de pression : « Il y a des jeunes qui ont besoin qu’on leur rentre un peu dedans pour les motiver. Sinon ils ne réagissent pas. Par exemple, mon fils est comme ça, il a besoin qu’on le pique un peu. » m’a-t-il dit. Je lui ai fait remarquer que lorsque son fils avait demandé à sortir, lors du dernier match, il était tremblant et les larmes aux yeux. Et que, selon mon analyse, il était dans cet état parce qu’il s’en voulait d’avoir été passé par l’attaquant adverse sur deux buts encaissés. Le père m’a alors répondu : « C’est vrai aussi que quand il a trop la pression, en général, il perd ses moyens et il se bloque. » Le papa venait de se contredire au sujet de son fils : il avouait que dans la vie de tous les jours son fils pouvait mal réagir à la pression, que ça avait tendance à l’inhiber, et pourtant il voulait qu’on le pousse à l’extrême dans le cadre du sport. Dans le milieu du foot, on a tellement pris l’habitude de crier sur les enfants que l’on oublie de penser à l’impact que cela peut avoir sur eux. Je lui ai expliqué ma façon de voir les choses : « Je préfère parler avec les joueurs, les conseiller et les motiver plutôt que leur mettre une pression toxique. Est-ce qu’ils font exprès de perdre, de rater ? Non. Alors quel serait l’intérêt de leur crier dessus ? » Beaucoup pensent aussi que certains enfants sont davantage capables que d’autres de subir les attaques, les critiques agressives, les coups de pression de la part des adultes. Pourtant, ce n’est pas parce qu’ils ne réagissent pas et ne disent rien que cela ne leur fait rien et que cela leur est bénéfique. Mon principal objectif est de faire en sorte que les joueurs soient en confiance sur le terrain, qu’ils donnent leur maximum et n’aient pas peur d’essayer et de rater. Vers la fin de l’année, nous avons connu ce moment magique où toute l’équipe a réussi un match fantastique (en rapport avec leur niveau), où chaque joueur semblait transfiguré et réussissait des choses qu’il n’avait jamais osé faire avant. Ce jour là, que je vous raconterai dans le prochain et dernier épisode, les joueurs ont sûrement pensé que j’étais gentil avec eux, parce que je les avais amenés à jouer libérés et à être heureux sur le terrain. Mais je suis certain qu’aucun d’entre eux ne trouvait que je l’étais trop.