Tournoi U9 : libérez les joueurs !

De passage au stand Foot Citoyen, l’équipe U9 de l’OL, l’une des rares bonnes surprises de la journée au niveau du plaisir de jouer

Ca ne rate jamais, même chez les plus petites catégories : lors des tournois, les entraîneurs ne peuvent s’empêcher de mettre la pression sur les enfants. Ce constat assez désarmant a une nouvelle fois été fait par Foot Citoyen lors d’un tournoi U9 qui s’est déroulé sur Montpellier en avril, en marge duquel l’association tenait un stand… éducatif. 

Pourquoi ? Pourquoi tant de cris, pourquoi tant de violence ? Le tournoi national U9, organisé par le Montpellier Hérault SC au complexe de Grammont, atteint un pic d’agressivité lors de ce match où s’affrontent un club amateur et celui du MHSC. Affronter est le mot qui convient le mieux pour le coach des amateurs : durant toute la rencontre, il arpente le terrain nerveusement et harangue ses troupes pour le combat. Ses jeunes jouent un beau football, il crie que c’est insuffisant. Ils défendent comme des acharnés, lui s’énerve face à leur manque d’envie. L’arbitre en prend aussi pour son grade d’incompétent. L’entraîneur du MHSC, de son côté, agit dans le calme. Il laisse jouer son équipe, place des encouragements, des consignes de jeu et, surtout, ne crie jamais. Il diffuse sa sérénité aux joueurs, dont la joie de jouer et la solidarité sont rafraichissantes. Leurs adversaires, eux, s’énervent au fil du match, gagnent en agressivité. Ils gagnent ce match, au final, mais les joueurs du MHSC n’ont rien à leur envier : l’entraineur est en train d’éteindre leur plaisir de jouer.

Une tension constante
Dans la même veine que le coach du MHSC, celui de l’Olympique Lyonnais s’illustre au cours du tournoi par son attitude et sa pédagogie positive. Mais au delà de ces quelques rares exemples inspirants, la réalité est plus sombre : pendant les matchs, les joueurs U9 subissent une pression quasi continue de la part de leurs entraîneurs, parfois des parents. Elle ne s’illustre pas toujours par des cris, comme pour le premier coach cité, dont l’attitude était extrême, mais par une tension qui se diffuse au fil des rencontres. Elle est censée mettre en alerte leurs joueurs et les maintenir concentrés, pour éviter tout relâchement. Pour imposer leurs exigences, les coachs requièrent un sérieux de tous les instants et sont obligés, quand les joueurs ne se comportent pas selon leurs désirs, de sévir. Les consignes, conseils et critiques sont adressés durement, souvent de façon blessante. Une rudesse dont les coachs ne se rendent pas toujours compte, tellement elle fait partie de leurs habitudes et des comportements courants dans le football. Exemple lors d’un match, lorsqu’un jeune s’est mis à dribbler un, deux puis trois joueurs. C’en était trop pour son entraîneur, qui lui a crié : « Si tu veux jouer tout seul, je te sors ! Je ne supporte pas ceux qui jouent perso. » L’enfant n’a pas compris ce qu’on lui reprochait. Nous avons parlé de cette situation avec ce coach, qui nous a expliqué que son intention était d’apprendre à son équipe à jouer en passes. C’est pour cela qu’il n’aimait pas quand un joueur dribblait trop. Pourtant, le dribble n’est pas interdit au football, c’est même l’une des actions qui procure le plus de plaisir aux jeunes joueurs. Cela nous fait penser à cette phrase tirée d’une interview de Jean-Claude Suaudeau, ex grand entraîneur du FC Nantes, accordée à L’équipe en 2016 : « Aujourd’hui, je dirais à un jeune : il faut dribbler. Tu les entends tous, les éducateurs, gueuler : « Donne ta balle ! » alors que les mômes ne l’ont pas encore touchée. Ca, je n’en peux plus. » Sur cette action, le coach a confondu comportement individualiste et liberté de jouer. 

Libérer les enfants plutôt que les contraindre
De plus en plus d’équipes essayent, aujourd’hui, de produire du beau jeu. Le Barça de l’époque Guardiola, Xavi, Messi, Iniesta, ou encore l’équipe d’Espagne ont donné des idées plutôt positives au monde amateur. Mais on a l’impression que cette recherche du jeu collectif léché, quasi parfait, se fait souvent au prix de contraintes extrêmes. Au point d’interdire à un enfant de 8 ans d’enchaîner les dribbles. Au point de le faire culpabiliser en lui faisant croire qu’il est égoïste, alors que lui souhaite simplement s’amuser. Dans son livre « Heureux d’apprendre à l’école », la pédiatre Catherine Gueguen explique combien il est néfaste de vouloir éduquer les enfants par la peur et la sévérité : « Pour beaucoup d’adultes, une bonne éducation nécessite de savoir dresser l’enfant, le faire souffrir physiquement et psychologiquement en éveillant chez lui la crainte et la soumission. L’éducation, pour eux, c’est d’abord la discipline, l’obéissance, et le « marcher droit ». Ils pensent que la punition apprend à « bien » se comporter, et que sous la contrainte, l’enfant va progresser et devenir pleinement humain. Or c’est l’inverse. La méfiance s’installe et le lien se distend. L’enfant rumine et ne progresse pas, au contraire, il perd confiance en lui, se mésestime. On lui a dit qu’il n’était pas bien ou que ce qu’il faisait n’était pas bien, il se vit donc comme « mauvais, méchant, pas bien ». S’il obéit, ce sera pour échapper à la punition. Sur le moment, l’adulte sera satisfait de le voir obéir. Mais l’enfant apprendra à vivre dans la crainte et la soumission. » Des enfants qui gagnent sous la contrainte d’un coach tyrannique ne peuvent pas être épanouis. Un jeune que l’on empêche de dribbler parce qu’un adulte lui ordonne de passer ne peut être créatif et donner le meilleur de lui même. Des petits qui jouent avec la crainte de décevoir leur coach ne peuvent être libérés et confiants. Laissons les s’exprimer pleinement : les enfants risquent de nous étonner.

Sur ce sujet, retrouvez l’interview de Jordi Font, entraîneur des U12 du Barça, et l’interview de James Simmonds, l’entraîneur des U12 de Chelsea, réalisées en 2016. Elles prouvent que l’on peut allier recherche du beau jeu et transmission de valeurs éducatives.