Retour sur le challenge Michelet

Du 15 au 19 mai, Foot Citoyen a réalisé quotidiennement la Gazette du Challenge Michelet, dont la 45ème édition avait lieu cette année à Dijon. Evénement sportif regroupant 350 jeunes, dont une grande majorité sous main de justice, cette manifestation unique a, une nouvelle fois, démontré combien le sport pouvait être un incroyable outil d’éducation et de vivre ensemble.


« C’est la magie du Michelet. »Cette année encore, le 45ème Challenge Michelet, disputé du 15 au 19 mai à Dijon, n’a pas dérogé à la règle de l’événement. Au moment de faire le bilan de la semaine, tous les participants étaient unanimes : ce tournoi sportif, regroupant 350 jeunes, dont une grande majorité, sous main de justice, encadrés par les structures de la Protection Judiciaire de la Jeunesse, s’est révélé une parenthèse unique, inoubliable. Répartis en 10 délégations, neuf venues de France et une de Belgique, les équipes se sont affrontées au foot, basket, rugby, natation, cross, athlétisme, puis ont appris à se connaître hors des terrains pour finir naturellement par chanter, rire et danser ensemble. En sport, l’effort fut intense, les jeunes ont découvert et apprivoisé leurs limites, les ont parfois dépassées. Tous se sont fixés des objectifs puis s’y sont accrochés. Pour beaucoup d’entre eux, au parcours non linéaire, la démarche n’était pas anodine et le fait de s’intégrer positivement à un projet collectif était considéré comme une victoire.

« On en repart grandi »
Le résultat, lui, ne devait pas constituer une fin en soi. Toute la semaine, les éducateurs ont répété à l’envi les règles de vie et de jeu à leurs joueurs et joueuses : « L’important est de tout donner, on se fiche du résultat », « Prenez du plaisir et vous aurez gagné » « amusez-vous » « finissez sans regrets ». L’équipe Foot Citoyen s’est tenue au bord des terrains pour faire vivre ces instants à travers un journal quotidien de 4 pages, la Gazette du Michelet. Notre mission, comme toujours, a été de véhiculer des valeurs, de raconter les belles histoires, valoriser les beaux gestes, les efforts et le fair-play des derniers comme des premiers. De montrer, aussi, que la reconnaissance n’était pas réservée aux seuls vainqueurs mais à tous ceux qui jouaient avec leur cœur. Au cours de cette semaine, nous avons vu s’installer cette fameuse « magie du Michelet » évoquée par les jeunes. Celle qui libère l’esprit de ses peurs, de ses freins, et révèle le potentiel sportif et humain de chacun. « Dans cette semaine, j’ai découvert chez moi des qualités d’entraide. J’ai vu que je le faisais souvent avec plaisir, avec tout le monde. S’il y en avait un qui tombait, on le relevait, une fille n’allait pas bien, on la rassurait, une qui pleurait on pleurait avec… Je sors grandie du Michelet. » nous a révélé Malika* en fin de semaine. « Cette mixité à travers le sport est magique, et je souhaite à chacun de pouvoir vivre une telle aventure au moins une fois dans sa vie. Quand on repart de là, on est différent, on se plaint moins, parce qu’on est nombreux à avoir compris et vu qu’il y a pire dans la vie. Un Challenge, ça ouvre la tête et le cœur. » a renchéri Riad. Christophe*, enfin, a retenu la facilité étonnante de se créer des liens : « D’habitude, quand on ne se connaît pas, on est toujours un peu méfiants. Là c’était le contraire, on se posait, on rigolait, on parlait avec tout le monde. Y avait pas de différence, comme si on était tous pareils. Sur le terrain, si ça chauffait un peu on se retrouvait après pour se parler. Et une fois changé, douché, ça va beaucoup mieux, on se dit « Excuse moi pour tout à l’heure », c’est ça qui est beau dans le sport. »


Découverte d’un autre football
Au football, ce sont les joueurs de l’équipe Sud, pourtant défaits 0-3 en finale, qui nous ont surpris et émus. Le match était superbe, intense, un exemple d’engagement et de qualité technique. Une copie quasi parfaite, embellie par l’excellent état d’esprit qui a animé joueurs et éducateurs durant 40 minutes. Un fair-play extrême qui n’a pas surpris Salim*, le capitaine de Sud : « C’était une finale, on allait énormément au duel, mais on se relevait tout le temps, en s’excusant, en demandant des nouvelles. C’est du pur football, tout simplement. Au Michelet, il y a une magie qui opère et tous ceux qui sont nerveux à l’extérieur peuvent devenir des pâtes. » Salim est le parfait exemple de cette métamorphose. Quand il joue dans son club, l’état d’esprit est moins à la fête : « En club on se rentre dedans, on pousse, on insulte, moi le premier, alors qu’ici personne ne fait ça. Regardez, on a perdu et on nous fait une haie d’honneur… Quand on voit ça, on repart heureux malgré la défaite. J’aimerais que ça soit tout le temps comme ça. » Son coéquipier Rahim* a aussi vécu une nouvelle manière d’aborder le football. Les yeux brillants de plaisir et d’émotion, il évoque le plaisir collectif ressenti lors de la compétition. Là encore, des sensations opposées à celles connues en club : « Le foot du Michelet n’a rien à voir avec ce que je connais d’habitude. L’envie que j’ai dans mon club n’est pas du tout la même que celle que j’ai eue cette semaine. Dans mon club, je joue plus pour moi que pour mon équipe. Par exemple, si l’équipe perd mais que j’ai fait un bon match, c’est pas trop grave parce que j’aurais j’ai fait mon match. Ici, au Michelet, je cherche à ce que l’équipe gagne, je fais tout ça pour l’équipe, pour qu’on marque ensemble, ou que l’on perde ensemble… C’est ça le plus important ici, quoi qu’il se passe, on le fait ensemble. » Le jeune milieu a aussi appris à relativiser un mauvais résultat :« Après la défaite en finale, certains joueurs baissaient la tête. Je leur ai dit que le plus important c’était notre attitude, le comportement qu’on a montré, on est allés jusqu’au bout, jusqu’en finale. On ne la gagne pas, ce n’est pas un problème. On a chanté avec l’adversaire à la fin, et ça c’était magique ! Je leur ai dit que c’était une défaite avec le sourire, qu’il n’y a pas de regret, rien du tout. » Voilà ce qui arrive de beau et de bon quand tous les acteurs œuvrent dans le même sens, celui de l’éducation par le sport. Foot Citoyen est très heureux d’y avoir contribué.

*Les prénoms ont été modifiés

Photos :
Grégory Girard et Maxence Lambert