“Pour la première fois, j’avais un coach qui rigolait”

Quand il a rejoint l’équipe U15 du CA Lisieux (14), Mourad Tamouh a d’abord détesté son nouveau coach au point de demander sans succès à être surclassé. Motif : selon lui, l’éducateur ne prenait pas le foot assez au sérieux. Deux ans après, au moment de monter en catégorie U18, le jeune joueur a pleuré l’arrêt de leur collaboration… Retour sur une révélation (extraits de Foot Citoyen Magazine n°19)

 
Quel est l’entraîneur qui t’a le plus marqué ?
Sans hésiter, je dirais Cédric Bellec, quand j’étais en «15 ans». J’aimais tout : sa manière d’organiser les entraînements, l’ambiance qu’il mettait dans l’équipe, ses relations avec les joueurs. Il savait à la fois être dur et sympa. Il avait trouvé le juste milieu.
 
Qu’entends-tu par sympa ?
Il mettait de la bonne humeur lors des entraînements et en dehors. Il savait nous chambrer aussi… Et, au début, je trouvais ça un peu choquant. Les premières semaines, je ne l’aimais pas trop, parce que, pour moi, le foot avait toujours été un sujet sérieux, la seule chose avec laquelle on ne rigolait pas. J’avais toujours eu des entraîneurs stricts, qui étaient là pour gagner et qui n’étaient jamais copains avec nous… Et là, pour la première fois, j’avais un entraîneur qui rigolait. Je le prenais un peu pour un clown qui se foutait du foot. Et comme ça m’énervait, j’avais même demandé à être surclassé en « 18 ans ».
 
Pourquoi as-tu changé d’avis ?
Un jour, lors d’un déplacement pour un match, il m’a demandé de monter dans sa voiture. On a parlé pendant le trajet et il m’a dit qu’il comptait beaucoup sur moi cette année, que j’étais un bon joueur, etc… Ça m’a rassuré. Déjà, parce que j’ai vu qu’il prenait ça au sérieux et que, de plus, il me faisait confiance. Et comme je marche beaucoup à ça… Alors, je me suis détendu, et j’ai appris que l’on pouvait être sérieux pendant les matchs et rigoler avant et après.
 
Après le dernier match qu’on a fait avec Cédric, j’ai pleuré parce que je réalisais qu’on allait changer de coach.
 
Ça s’est ressenti sur le terrain ?
Oui, il savait faire en sorte que l’on se dépasse. On prenait vraiment beaucoup de plaisir et ça se voyait quand on fêtait les victoires. On vidait les bouteilles d’eau, on criait, on était bien… On s’est tous énormément amélioré. On voyait bien que ce n’était pas de gagner qui l’intéressait le plus, mais de nous faire progresser. La victoire, c’était notre récompense. Une autre chose que j’appréciais, c’était que tous ses discours mettaient le collectif en avant.
 
Il y a des choses qui t’ont servi ?
Je m’énervais facilement en cas d’injustice. Je me souviens d’un match où j’étais hors de moi et où j’ai pris un carton blanc, ce qui équivalait à dix minutes dehors. Alors qu’on menait 1-0, on a pris deux buts. Je m’en voulais… À la fin du match, il m’a pris en tête-à-tête pour me dire que j’avais des capacités, mais qu’à cause de mon comportement je gâchais tout, que je ne servais plus à rien et que la défaite était de ma faute. Mais il m’a dit ça d’une telle manière, pas méchante mais ferme, que j’ai su qu’il avait raison. Ce n’était pas pour m’enfoncer mais pour que je prenne conscience de mes actes.
 
Depuis, as-tu retrouvé la même chose avec d’autres coachs ?
Non. L’année d’après, j’ai eu le coach qui m’avait déjà entraîné en « 13 ans » et que j’aimais bien à l’époque. Mais là, je n’aimais plus du tout son côté trop sérieux. Si je n’avais pas eu Cédric, j’aurais continué à apprécier les coachs comme ça. Là, je joue souvent avec les Seniors du club, mais les coachs ne me parlent pas. Je ne sais pas s’ils comptent sur moi, je n’ai même pas l’impression qu’ils sont mes entraîneurs. C’est vraiment autre chose… Je ne l’ai jamais dit à personne, mais après le dernier match qu’on a fait avec Cédric, quand je suis rentré chez moi, j’ai pleuré parce que je réalisais qu’on allait changer de coach. À l’époque, j’avais un peu honte de ça, mais là, ça me fait énormément plaisir d’en reparler.
 
Propos recueillis par Pascal Stefani