Parcours du footballeur citoyen

Yassine se sent «plus calme et plus confiant». Yanis a «envie d’en faire plus». Driss voit en Mohamed «Un entraîneur qui nous aide à progresser sur et en dehors du terrain. »… Après 8 mois de pratique, les U15 de l’Atlas Paillade, club de Montpellier, expriment leur plaisir face au projet et à la méthode Foot Citoyen. Petit bilan intermédiaire autour d’un projet de jeu-projet de vie auquel ces jeunes ont pleinement adhéré pour des résultats  positifs et constructifs.

« On serait très heureux de vous avoir à notre tournoi de juin. » A l’issue d’un match intense, remporté sur le fil (5-4, après avoir été mené deux fois de 2 buts) par son équipe U15, leader du Championnat, Alfredo, l’entraîneur du FC Maurin, tient de cette manière à saluer le jeu et le comportement des U15 de l’Atlas Paillade.

Son collègue, moins expansif, mais plus expérimenté, souligne, lui aussi, la qualité de cette rencontre et l’état d’esprit qui l’a habitée. « Quand je vois ce match, et que je repense à ceux que nous jouions ici, il y a trois, quatre ans, je ne peux que vous féliciter pour le travail que vous avez effectué. Vraiment bravo ! »

Ces presque mêmes mots avaient également été prononcés, il y a peu, par un dirigeant de Saint-Clément-Montferrier, après une courte victoire pailladine : « Chapeau pour le travail que vous faites. Y a pas eu un mot ou un mauvais geste ! Vous devriez davantage communiquer sur votre travail et votre méthode. »

Tout a commencé en ce début de saison, quand Mohamed Berrag, référent terrain de l’association Foot Citoyen, a décidé de s’occuper de l’équipe U15 de l’Atlas Paillade, son club de cœur.

« Avec l’ouverture de l’antenne Foot Citoyen, sur Montpellier, l’idée était de voir comment notre méthode pouvait fonctionner au quotidien, avec des jeunes du quartier de La Mosson, en travaillant avec eux, presque au quotidien, sur un projet de vie-projet de jeu. Les U15 sont une bonne catégorie, où on peut véritablement agir et travailler avec eux sur leur construction en tant que footballeur, mais surtout en tant qu’individu et citoyen. »

Entre entraînements, matchs, ateliers d’échanges en salle ou encore sorties éducatives et culturelles, les choses se sont alors mises en place. Doucement au départ, car, comme le dit Mohamed Berrag : « Ce qui est nouveau pour eux, c’est qu’on leur demande de réfléchir à un projet, d’imaginer des choses qui se passent sur un terrain, mais aussi en dehors et d’avoir le même comportement dans ces deux situations. Par exemple, quand vous abordez avec eux le respect de l’autorité et de l’arbitre, de ne pas contester sur le terrain, quelle que soit la décision, d’être concentré uniquement sur le jeu, pas sur l’environnement, ça fait forcément résonance chez eux avec leur quotidien. » Et peu à peu, un lien de confiance s’est créé entre un groupe d’une vingtaine de joueurs et les membres de Foot Citoyen.

Cela peut paraître facile, mais la réalité est autre. « Déjà, au niveau du ballon, il faut les sortir de l’idée du seul résultat, à laquelle ils ont été et sont habitués. Il n’a pas été simple de leur demander de repartir ballon au pied, dans une idée de jeu court, de collectif, de leur demander de prendre des risques, d’oser, quitte à se faire contrer et prendre des buts… Il n’est pas simple pour eux de supporter la pression d’autres coachs, qui leur parlent d’engagement quand eux sont concentrés désormais sur l’idée de créer… Il n’est pas simple de se heurter à la réalité et à la complexité du football d’aujourd’hui, même au plus bas niveau, qui ne pense qu’élitisme et score du match au détriment de l’épanouissement du jeune. » La défaite, résultat d’un instant, d’un match de 80 minutes, n’est pas toujours agréable… Mais que pèse-t-elle, à l’issue, quand on voit plus loin, face à la victoire que ces jeunes gagnent sur l’estime de soi et la confiance en eux, leur esprit d’entreprendre, leur audace, leur adhésion à un projet ? Qui se souviendra de leur défaite 4-5, face à Maurin, à la dernière minute du match, quand, plus tard, ils reviendront au stade, sourire aux lèvres, pour prendre encore et encore du plaisir à pratiquer le football qu’ils aiment sans retenue… Que dans leur évolution citoyenne, comme ils le font sur le terrain, ils auront donné corps à leur initiative et oseront tenter des choses, essayer, même s’ils doivent se tromper.

Que peut bien peser une défaite quand, à l’issue d’un match, des entraîneurs adverses, des parents, des arbitres viennent vous voir pour vous féliciter pour le comportement de vos joueurs, l’investissement et le respect de votre capitaine. Quand en 80 minutes, vous avez changé l’idée que certains ont de gamins de quartier, souvent stigmatisés, rarement valorisés. Quand vous avez permis de modifier l’image poisseuse d’un quartier et d’un club « que certains, comme à Lunel, ne souhaitaient plus affronter », que vous avez vaincu une méfiance et une animosité initiales… « Quand des parents et dirigeants de Lunel nous ont félicité après le match, par exemple, c’était une vraie victoire. Depuis plusieurs années les deux clubs se rejetaient la responsabilité des incidents qui sont survenus entre eux. On a prouvé par notre comportement que l’on pouvait oublier le passé et renouer un dialogue sain. Ce qu’on a réalisé était très simple : on l’a fait grâce à nos actes et non par les paroles. Mais cette victoire, c’est surtout celle des enfants qui ont adhéré au projet. Même si elle est encore forcément fragile, face à un environnement pernicieux, quand on arrête de regarder le bout de ses chaussures, qu’on se débarrasse de son ego, qu’on pense à eux, à leur épanouissement, on se rend compte qu’on peut faire des choses formidables. C’est vraiment cela que je veux qu’ils retiennent, qu’ils aient suffisamment de confiance pour avancer, repousser la fatalité et le fatalisme ambiant, penser et élargir leur horizon. »

Yassine, Driss, Yanis et les autres, porte-paroles d’une équipe en mouvement, se sont emparés du message de Foot Citoyen : « En reproduisant ce qu’on fait sur le terrain, on sait comment s’investir à l’école et pourquoi. Et aujourd’hui, même en dehors du terrain, on prend sur soi, on sait rester zen. En allant au Mucem, à Marseille, voir l’expo sur le foot, on a vu et compris toute la dimension de ce sport. Ça permet de voir plus loin. » Jusqu’à Maurin, déjà, au mois de juin, pour participer à un tournoi, quand jusque-là les invitations se faisaient rares. Mais bien au-delà encore, en poursuivant ce travail au quotidien, auprès de ces jeunes et de tant d’autres, en leur donnant la confiance et l’envie de repousser les limites que, trop souvent, ils s’imposent.

 

Extrait du film présentant l’action « Parcours du footballeur citoyen » :