« L’entraîneur qui m’a marqué est celui qui m’a transmis le plaisir de jouer »

Dans le cadre de la réalisation du journal de la coupe du monde, fait par les enfants et pour les enfants, les élèves d’une classe de 6ème du collège les Escholiers la Mosson (Montpellier) et ceux de la classe relais de Sète Bassin de Thau ont interviewé Yunis Abdlehamid. Le défenseur du stade de Reims et international Marocain leur a répondu avec sincérité et passion autour des thèmes abordés lors de notre projet « A l’école Foot Citoyen ». 

Quand avez-vous commencé à jouer au foot ?
Comme tous les enfants, je jouais en bas de chez moi, au quartier Paul-Valéry, à Montpellier. C’est comme ça que j’ai appris à aimer ce sport. À six ans, on jouait sur un terrain synthétique et on rêvait d’être pro, sans savoir ce que ça voulait dire. Dans ma tête, j’étais Thierry Henry. Ce sont mes meilleurs souvenirs, on avait ce plaisir de jouer, de s’amuser, de passer un week-end entre copains. Peu importaient, alors, les résultats, on était en « famille ».

Où avez-vous joué quand vous étiez jeunes ?
J’ai commencé en club à l’âge de 6 ans, c’était ma première licence. J’ai joué aux Arceaux, à l’ASPTT Montpellier, puis à l’AS Lattes, dans le coin.

Comment êtes vous devenu footballeur pro ?
Un peu par hasard, car même si je jouais en club et que j’aimais ça, ça n’était pas mon objectif principal. Au départ, ce qui était important pour moi, c’était mes études, et mon Master en comptabilité. Je ne devais pas être footballeur professionnel, et puis, les choses en ont décidé autrement. Je devais signer avec un club du coin, à Fabrègues, qui évoluait en CFA, quand j’ai reçu un appel d’Arles-Avignon. On a discuté avec les copains, et j’ai décidé d’aller voir. Ça s’est bien enchaîné et, six mois plus tard, je faisais mon premier match en pro… Tout ce que je vis depuis est du bonus, par rapport à la vie que je devais mener.

Quel est votre meilleur souvenir de footballeur quand vous jouiez en jeunes ?
Comme beaucoup de joueurs, ce sont les tournois. D’un coup, tu te retrouves à jouer contre des équipes que tu ne connais, avec des noms improbables, d’autres de clubs pros. Tu quittes ton « chez toi », t’as l’impression de vivre un moment unique, d’être pro, où tu vis football tout un week-end, avec les copains.

 

« Avec le stade de Reims, on a vécu une saison formidable, dans une ambiance et un état d’esprit incroyables. »

 

Et en pro ?
Notre saison dernière avec le Stade de Reims. On monte en ligue 1, on finit champion de Ligue 2, avec le record de points. On a vécu une saison formidable, dans une ambiance et un état d’esprit incroyables.

Quel est votre pire souvenir ?
Ce sont les défaites. Je n’en ai pas une en particulier qui me vient en tête, c’est juste le fait de perdre. Même si on a ce plaisir de jouer, on veut toujours gagner.

Qu’avez-vous ressenti quand vous avez inscrit votre premier but ?
Une grande joie et une grande fierté. De plus, je suis défenseur, alors ça ne m’arrive pas si souvent. J’étais encore amateur. C’était contre Monaco, avec l’ACA, un de mes premiers matchs avec les pros !

Combien de buts avez-vous empêché d’être marqués ?
Quelques-uns (sourire). Mais c’est vrai que quand on joue, comme moi, en défense centrale, au marquage d’un joueur, l’empêcher de marquer est quelque chose de fort.

Quel est le joueur le plus célèbre avec et contre lequel vous avez joué ?
Je dirai les joueurs du PSG et de Monaco, et en particulier Falcao et Cavani.

Avez-vous déjà pris des cartons jaunes et rouges. Pourquoi ?
Oui, les deux… Mais après des fautes, pas pour des contestations. Je pense que ces fautes sont dues à un manque de lucidité et de la pression que j’ai pu ressentir à un moment.

Quelles sont, pour vous, les valeurs du football ?
Le respect de soi et des autres, ses coéquipiers, ses adversaires, les arbitres, le staff… Le foot est un sport collectif qui nécessite beaucoup de respect. Sans cela, on ne peut rien faire. J’ajouterai la solidarité et l’empathie.

Vous énervez-vous souvent après les arbitres ?
Oui, malheureusement, ça m’est déjà arrivé car, quand on est sur le terrain, à chaud, on ne réagit pas toujours de la bonne manière, Ça n’est pas toujours l’exemple à suivre. L’arbitre fait partie intégrante du match, il faut le respecter lui, et ses décisions, même quand on les pense injustes. Il faut vraiment qu’on apprenne à nous canaliser sur le terrain, car on réagit souvent sur l’instant, sans réfléchir aux possibles conséquences pour l’équipe, mais aussi pour les jeunes qui nous regardent. Et c’est aussi vrai sur les terrains amateurs. Il y a un vrai travail à faire, et ce que vous faites avec Foot Citoyen sur ce sujet, est vraiment important.

Qu’est-ce qu’un bon entraineur pour vous ? 
Le bon entraîneur, c’est celui qui va réussir à donner du plaisir aux joueurs, nous faire progresser, nous donner des points à améliorer… C’est celui aussi qui sait nous faire confiance.

Y en a t-il un qui vous a marqué ?
L’entraîneur qui m’a marqué est celui lui qui m’a transmis le plaisir de jouer, de faire, d’être. C’était en U18, à l’AS Lattes, et ça a été un déclic. Après, j’étais plus libéré, plus responsable, plus confiant. Dans chaque discours, il parlait du plaisir. Du plaisir de faire, d’oser, d’attaquer, de défendre…

 

Mon plus beau souvenir de Coupe du monde, c’était en CM2… On avait préparé une danse protocolaire pour la Coupe du monde 98. Ce sont des moments incroyables qui restent à jamais dans notre tête…

 

Que représente la Coupe du monde pour un footballeur ?
C’est la compétition à laquelle chaque footballeur souhaite, un jour, participer. C’était mon rêve pour ce Mondial, malheureusement, je n’ai pas été retenu. J’ai participé à deux matchs éliminatoires avec le Maroc. Je vais continuer à espérer, à jouer avec mon club, et, peut-être, que je serai rappelé pour disputer la prochaine Coupe d’Afrique des nations.

Quelle image de la Coupe du monde gardez-vous ?
La toute première image que j’ai, c’est la Coupe du monde 94, aux Etats-Unis. Après, si je dois parler d’un match, c’est le Maroc-Norvège, qui s’est joué à la Mosson, en 98. Il y a aussi la finale de la Coupe du monde 98, France-Brésil… Mais mon plus beau souvenir de Coupe du monde, c’était en CM2… J’avais votre âge, et on avait préparé une danse protocolaire pour la Coupe du monde 98. J’étais comme vous aujourd’hui qui travaillez sur un magazine sur la Coupe du monde. Ce sont des moments incroyables qui restent à jamais dans notre tête…

Quel est votre favori pour cette Coupe du monde ?
Le Brésil, mais aussi celui du cœur, le Maroc.

Que pensez-vous de Foot Citoyen et des valeurs qu’ils défendent ?
L’image des footballeurs est souvent écornée par des journaux. On n’est pas attiré par la « jet set » et le « bling bling »… Aujourd’hui, l’UNFP, le syndicat des joueurs, nous sensibilise beaucoup sur les comportements. Moi, je suis intéressé par tout ce qui fait l’éducation à la citoyenneté chez les jeunes, et j’adhère totalement à ce que fait Foot Citoyen. J’étais déjà intervenu pour l’association, l’an passé, auprès de jeunes sur un Challenge, à Dijon. C’est important de transmettre les valeurs que véhicule l’association, autour du respect, d’un projet de vie à construire, d’une manière de voir le football comme un moyen d’éducation et pas seulement des matchs et des résultats.