J’ai crié sur les joueurs par manque de maîtrise

(Contexte) Chaque semaine, David, membre de Foot Citoyen et entraineur en catégorie U13, partage un élément de coaching, une question liée à la gestion de ses joueurs et du jeu. Chaque thème est inspiré d’une situation vécue lors d’un match ou d’un entrainement.

 Episode 9 

Retour sur une séance très difficile, où les jeunes étaient particulièrement énervés, énervants, dissipés, et ne respectaient pas les consignes. J’ai réagi en criant sur eux, avant de réaliser que le principal fautif était… leur coach. Une bonne leçon pour le futur.

C’était un mardi de début de saison, lors d’un entraînement. De nombreux nouveaux joueurs s’étaient inscrits lors des séances précédentes, et l’effectif grossissait chaque semaine. A tel point qu’il m’a fallu revoir l’organisation des entraînements et passer de deux à trois ateliers, afin de ne pas avoir à gérer trop de joueurs sur chaque exercice. Lors de l’entraînement précédent, je m’étais retrouvé avec 15 joueurs par atelier, soit beaucoup trop pour bien évoluer et faire jouer tout le monde.

Cette fois-ci, j’ai donc tout prévu à l’avance, avec un exercice d’échauffement puis trois ateliers sur lesquels trois groupes doivent tourner. Pour nous aider, un troisième entraîneur, François, vient heureusement de nous rejoindre. Il se présente aux enfants et se réclame aussitôt de l’ancienne école : « Avec moi, le plus important c’est la discipline, vous avez intérêt à être sérieux. Celui qui n’écoute pas ou est dissipé, je lui fait faire 5 pompes ! C’est clair ? » Les jeunes sont surpris, moi aussi. J’aurais aimé être prévenu de sa méthode « à la dure » avant qu’il l’expose aux jeunes, surtout que ce n’est pas (du tout) ma façon de fonctionner. Surtout, je ne comprends pas pourquoi il les agresse et les menace alors qu’ils n’ont encore rien dit ni rien fait. Enfin, j’accepte François comme il est, on discutera plus tard de nos approches respectives de la discipline et du respect.

Un seul être vous manque
Mes ateliers sont en place, et tout semble prêt pour que l’entraînement se déroule bien. Tout sauf un détail : l’autre éducateur, Alou, n’est toujours pas arrivé. Il m’avait prévenu qu’il aurait du retard, mais il n’est toujours pas là au moment de commencer la rotation des ateliers. Le problème mathématique est simple : nous devons être trois entraineurs pour animer trois exercices. Espérant qu’il arrive rapidement, je tente de responsabiliser un groupe de joueurs pour qu’ils animent eux-mêmes leur jeu, un jeu simple et ludique de vivacité en un contre un. Comme je ne veux pas perdre de temps, je leur explique très (trop) vite les consignes en leur lançant à la volée, pour finir : « Alou n’est pas là, je vous laisse seuls, je vous fais confiance » Je commence à animer un autre exercice, puis je me rends vite compte que les joueurs du premier groupe (les responsabilisés) courent dans tous les sens et  ne respectent pas les consignes. Je vais les voir, je commence à m’énerver et critique leur comportement. Je retourne ensuite vers mon groupe et constate qu’eux aussi partent dans tous les sens et ne font pas ce que j’ai demandé. En discutant, je me rends compte qu’à eux aussi j’ai mal expliqué le but de l’exo. Deux joueurs commencent à se chamailler, tout le monde est déconcentré, je m’énerve, ils répondent. Je craque.

« Vous faites n’importe quoi ! »
Je prends mon sifflet et rassemble tout le monde au centre du terrain. Je crie un bon coup : « Qu’est-ce que vous avez aujourd’hui ? Vous faites n’importe quoi ! Vous profitez de l’absence d’Alou pour ne pas respecter ce que j’ai demandé, le groupe 1 je vous laisse gérer un jeu facile et vous refusez de jouer. Je passe du temps à vous préparer des séances et vous vous en foutez ! On va arrêter tout ça et finir sur deux matchs, puisque c’est impossible de faire des exercices. » Je ne comprenais pas pourquoi ils étaient aussi durs à gérer aujourd’hui, comme s’ils avaient tous décidé de me rendre la soirée difficile. J’ai pensé qu’au moins en faisant des matchs, on pourrait tous les avoir à l’œil. Intérieurement je me disais : vite que cette séance se finisse.

Ma séance était inadaptée
Les petits matchs ont commencé et tout de suite la nervosité est descendue d’un cran. Les jeunes étaient à fond, mais cette fois dans le bon sens. J’ai peu à peu retrouvé de la sérénité et je me suis éclaté à finir l’entraînement avec eux, parce qu’ils étaient à l’écoute et très impliqués. A tel point que personne ne voulait partir quand la fin de l’entraînement est arrivée. J’ai ensuite réfléchi à ce qui s’était passé, et compris que j’avais eu tort ce soir là. J’ai proposé un cadre qui n’était pas adapté au nombre de jeunes, avec mes trois ateliers pour deux entraineurs. J’aurais du modifier l’entraînement lorsque j’ai compris qu’Alou ne pourrait pas venir, au lieu de bricoler une séance bancale. Responsabiliser les joueurs ne s’improvise pas. J’ai perdu de l’énergie, de l’attention (nuisant à mes consignes de jeu) et j’ai fini par m’énerver tout simplement parce que j’étais dépassé par la situation. Ca m’a rappelé une phrase lue dans une interview de Jean-Claude Suaudeau, ancien coach mythique du FC Nantes, dans Vestiaires Magazine : « Trop d’éducateurs dissimulent leur manque de compétence derrière l’autoritarisme. » C’est vrai que de nombreux coachs s’énervent dès qu’ils se trouvent sans solution, que ça soit dans le jeu, pour gérer le groupe ou lorsque leur équipe perd son match. Certains vont même, comme François, jusqu’à faire faire des pompes à leurs jeunes quand ils n’ont pas les comportements attendus. Cette fois c’était à mon tour d’appliquer le principe de Suaudeau : je n’ai pas su m’adapter à une situation et j’ai voulu rétablir mon erreur en criant sur les jeunes pour qu’ils obéissent, donc en faisant preuve d’autoritarisme. Crier, punir, c’est la solution de facilité, surtout à cet âge. Cela peut être efficace à court terme pour obtenir le silence et le calme, mais l’impact sur les jeunes est forcément négatif au final, parce qu’ils obéissent alors par peur et par soumission. Personne n’en retire de plaisir, ni le joueur, ni l’entraîneur. C’est ce que j’ai compris ce mardi, en ratant mon entraînement.