Foot et probabilités

Utiliser le football pour étudier les probabilités, voilà de quoi rendre les élèves heureux de bosser leurs mathématiques. F93, association de culture scientifique et technique basée à Montreuil (93), a ainsi initié un projet lié au football et à la coupe du monde 2018 auprès de collégiens. Partenaire de l’action, Foot Citoyen est intervenu pour apporter et partager ses connaissances historiques, culturelles, sportives autour des sélections engagées. Une manière de rappeler que l’expérience, le vécu, la ferveur, l’état d’esprit…, autant de données non chiffrables liées aux équipes qualifiées, peuvent eux aussi rentrer dans l’équation. Retour sur nos deux interventions du mois de janvier.

 

LE COLLÈGE INTERNATIONAL DE NOISY-LE-GRAND ATTAQUE FORT

P = M x I x T x C… Les élèves de quatrième du Collège International de Noisy-le-Grand attendaient cette formule avec impatience pour percer enfin le mystère du sacro-saint classement FIFA. Une fois sèchement livrée, les vingt-quatre collégiens présents dans le cours de Christine Bernard, la prof de maths, en ont découvert le sens. Le nombre de points par match, le coefficient pour la valeur d’une rencontre, le classement de l’adversaire, sans oublier le niveau du continent représenté, le tout multiplié entre chaque donnée, constituent le cocktail de base.

Tous planchent depuis plusieurs semaines sur les secrets pour déterminer les probabilités de victoires de chaque sélection lors de la prochaine Coupe du monde en Russie. Et ce fameux (fumeux ?) classement FIFA leur a naturellement paru essentiel dans leurs recherches statistiques. Simple mise en garde : si, effectivement, ses leaders, tels l’Allemagne, le Brésil, le Portugal, l’Argentine, la Belgique, l’Espagne… font forcément figures de prétendants au titre suprême, rien n’indique que l’on retrouvera tous ces géants du football planétaire au moment du sprint final. Beaucoup d’autres critères sont à prendre en compte.

Si les élèves avaient cerné par eux-mêmes certains points incontournables (forme du moment, cohésion dans l’équipe, expérience du sélectionneur, le passé dans la compétition…), d’autres détails avaient échappé à leur perspicacité.

Il était ainsi bon de leur rappeler que l’horaire des matches pouvait avoir une influence sur le résultat d’un match (un sportif est-il aussi performant à midi qu’à 21 heures ?). Idem pour la gestion entre rencontres du premier tour et phase finale, avec des parties à élimination directe mieux gérées par certaines sélections que par d’autres ; la fatigue des joueurs au terme d’une saison harassante, surtout pour certaines stars exposées aux enjeux les plus essentiels (matches couperets, finales) ; sans oublier le syndrome « bête noire » pour quelques équipes qui – et c’est tout le charme du football – tremblent devant d’autres, sans raison objective. On ne vous refait pas l’histoire, par exemple, des France-Allemagne en Coupe du monde…

Les collégiens ont aussi bien pris en compte le rôle décisif des « Top players » durant l’épreuve (comme Pelé, Maradona, Zidane par le passé) ; l’avantage de la Russie de pouvoir évoluer à domicile devant son public ; des surprises toujours au rendez-vous et le fait qu’un champion du monde n’a plus conservé sa couronne depuis plus de cinquante ans (le Brésil en 1958 et 1962). Une mauvaise nouvelle pour la Nationalmannschaft, couronnée il y a quatre ans ?

Les questions ont fusé, beaucoup se sont grattés la tête devant toutes ces données statistiques supplémentaires et même l’enseignante a pris conscience de la subtilité du football de haut niveau, à travers l’histoire du ballon rond et de ses anecdotes. Le moindre détail peut jouer en faveur ou en défaveur d’une sélection. Les calculettes peuvent désormais chauffer. Les chiffres vont parler et, grâce à l’arithmétique, il sera enfin possible de livrer les probabilités pour dégager un favori. Allemagne ou Brésil ? France ou Angleterre ? Argentine ou Espagne ? Un peu de patience, le Collège International de Noisy-le-Grand cherche la formule magique.

 

MONTREUIL-SOUS-BOIS : LA COUPE DU MONDE AUX RAYONS X

Début janvier, au collège Paul-Eluard de Montreuil (93), les élèves ont entrepris un exercice pour le moins original : analyser les probabilités de qualification de quatre sélections, qualifiées pour la prochaine Coupe du monde. Un prétexte idéal et ludique dans le cours d’Amandine Cormier, la prof de cette matière, au sein duquel les élèves ont courageusement choisi d’analyser les chances des équipes placées dans le groupe A.

Une mission relevée puisque l’on retrouve dans cette poule deux outsiders, la Russie et l’Uruguay, et deux Poucets, l’Arabie Saoudite et l’Egypte. Autant dire que les jeunes statisticiens en herbe ont peu de repères, car l’historique entre ces équipes, même au-delà d’une Coupe du monde, est quasi inexistant. Surtout, la hiérarchie n’est guère établie. D’abord, la Russie, malgré son statut de tête de série et de pays organisateur, n’offre pas toutes les garanties quant à ses chances de succès.

Les cartes pourraient être redistribuées et rien ne dit que la formation saoudienne, dirigée par l’expérimenté sélectionneur espagnol Juan Antonio Pizzi, part battue d’avance et elle semble loin d’être condamnée à quitter le tournoi au terme du premier tour. Tout comme l’Egypte, certes absente d’un Mondial depuis vingt-huit ans, puisque les “Pharaons“ seront emmenés par leur attaquant fétiche, Mohamed Salah (Liverpool).

Nos deux intervenants, Frédéric Hamelin et Nicolas Gettliffe, ont aussi rappelé la formidable capacité de l’Uruguay à déjouer les pronostics et, par sa grinta, à couper les ailes à certains adversaires, mêmes les plus huppés. La seule présence, devant, des deux buteurs Edinson Cavani et Luis Suarez ont convaincu les collégiens que cette “Celeste“, dont la cote s’est envolée, avait des allures de favorite dans ce groupe A.

Une fois toutes ces informations livrées à la classe par les deux intervenants de Foot Citoyen, Patrick, le chargé de projets pour l’association F93, à l’initiative de cette démarche auprès des collégiens, s’est amusé à recompter, match par match, les pronostics. Vote à main levée, score presque assuré ? Force est de constater que les opinions ont quelque peu évolué et les premières impressions ont été affinées. Place donc à de nouveaux calculs, à base de fractions et de pourcentages, pour déterminer les probabilités de qualif’. La Coupe du monde, c’est quand même mieux que d’estimer le temps que mettra une baignoire pour déborder !