« C’est pas normal de rater ça ! »

(Contexte) Chaque semaine, David, membre de Foot Citoyen et entraineur en catégorie U13, partage un élément de coaching, une question liée à la gestion de ses joueurs et du jeu. Chaque thème est inspiré d’une situation vécue lors d’un match ou d’un entrainement.

 Episode 8 

Un épisode survenu à l’entraînement avec un collègue coach a rappelé que tout le monde fait des erreurs, les adultes et les coachs en premier. On se demande alors pourquoi ces mêmes adultes ne supportent pas que les jeunes se trompent et ratent des gestes sur le terrain.

« C’est pas normal de rater ça. » Ahmed s’agace, s’énerve sur chaque geste approximatif de ses joueurs. Selon cet entraîneur U13, nouveau venu dans notre staff depuis cette saison, l’exercice proposé n’est censé poser aucun problème technique. A l’écouter, ça paraît même inratable. Le thème est simple : placé dos au but, chaque joueur reçoit une passe et doit, grâce à un contrôle orienté, se retourner pour se placer en situation de frappe. Les jeunes se donnent à fond (ils aiment ce genre de jeu), mais certaines touches sont mal maîtrisées, lentes ou peu précises. Ahmed décide d’intervenir pour démontrer le bon geste aux enfants : il prend position, demande une passe forte et précise puis, tout en expliquant ses consignes techniques, voit la balle rebondir sur son tibia et partir dans le mauvais sens. Contrôle raté, balle perdue et moment de solitude pour Ahmed, qui ne sait pas trop quoi dire. Quelques enfants lâchent un rire nerveux, difficile à retenir face à cette situation. « Bon, voilà, vous avez compris, il faut attaquer la balle… » termine Ahmed, mal à l’aise, pour passer à autre chose.

Le coach est humain, ses erreurs aussi
Cet épisode en dit long sur la mauvaise appréciation que font de nombreux coachs vis-à-vis de l’erreur. « C’est pas normal de rater ça », « mais applique toi ! », « concentre toi, c’est pas dur »… Voilà le genre de phrases que l’on entend très souvent sur les terrains, comme s’il était anormal qu’un joueur rate un geste. Pourtant, dès qu’un coach participe à un exercice, soit pour démontrer, soit pour jouer, il lui arrive fréquemment de se rater. J’en ai fait l’expérience plusieurs fois depuis le début de saison. Sur un exercice, par exemple, les joueurs devaient s’échanger des passes en faisant traverser la balle entre deux plots. J’expliquais à un joueur comment bien se placer pour avoir plus de chances de faire une passe précise. Au moment de lui montrer combien c’était efficace, j’ai bien sûr raté le passage entre les plots. Comme j’étais dans une démarche d’apprentissage avec les joueurs, mon erreur est bien passée. Je leur ai dit que moi aussi je devais m’entraîner et on en a rigolé ensemble. Ça montrait aussi que ce n’était pas si facile et qu’il fallait du temps avant de le faire correctement.

Choqué par mon responsable
Ca m’a rappelé une autre situation qui m’avait marqué la saison dernière. Patrick, mon ancien responsable de catégorie, avait l’habitude de gueuler sur les joueurs, à l’entraînement comme en match. Je ne comptais plus les « C’est pas normal » ou les « Tu te fous de moi ? » entendus chaque semaine. Je plaignais vraiment les jeunes, et d’ailleurs beaucoup sont partis dans un autre club à la fin de la saison. Une fois, Patrick a participé à un match d’entraînement. Défenseur central, il a raté un contrôle, la balle lui est passée sous le pied et les adversaires ont marqué. Je lui ai crié dessus pour me marrer, mais il paraissait vexé (donc j’ai arrêté). L’action d’après, son défenseur droit a raté son dribble et s’est fait prendre la balle. Mon responsable lui a crié dessus comme s’il venait de commettre la pire des fautes. J’étais choqué. Choqué par ses cris, déjà, puis par l’absence de remise en cause, comme si la scène où il venait de perdre la balle, quelques secondes auparavant, n’avait jamais existé. J’étais choqué car je comprenais qu’il serait très difficile pour lui de changer cette mauvaise habitude, cette réaction systématique, de crier sur un joueur après qu’il ait raté son geste.

Une faute pédagogique
Ces trois cas de figure démontrent que personne n’est à l’abri d’erreurs. En tant qu’entraîneur, nous en faisons très souvent, dans nos choix ou notre manière d’entraîner. Toutes ces erreurs sont des expériences qui nous permettent de progresser. C’est aussi valable dans la vie de tous les jours, dans nos situations professionnelles et personnelles. Personne n’est infaillible. En tant qu’adultes, apprécierions nous qu’une autre personne vienne nous crier dessus ou nous dire que ce n’est pas normal quand nous faisons une erreur, qui plus est involontaire ? Non, personne n’aime ça. De quel droit, alors, les adultes se permettent-ils de faire subir cela à des jeunes ? Les aider, les accompagner, avec exigence, oui, mais les attaquer et les rendre responsables de leurs erreurs me semble une faute pédagogique et une erreur considérable.