Au nom de la loi

Pendant quatre jours, à travers des ateliers «terrain», des moments de réflexion, d’écriture et d’échanges, Foot Citoyen, dans le cadre de sa convention avec la Protection Judiciaire de la Jeunesse, et l’UEMO (Unité Educative en Milieu Ouvert) de Sète ont mené, auprès de 6 mineurs, le volet 2 de l’opération «Les mots du foot» autour de la Loi et la Règle. (Article paru dans Foot Citoyen Magazine n°29 – JANVIER 2012)

 

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D’abord, on a parlé foot. Face à des inconnus, un portrait de footballeur est plus facile à exposer, à raconter… On évoque le plaisir, les rencontres, les voyages pour certains, des stades, des clubs, des anecdotes… L’un est gardien, l’autre milieu, lui plutôt défenseur, mais les points communs sont nombreux. Et quand on est adolescents, c’est plutôt une bonne chose, surtout si une mesure de réparation a été prononcée à votre égard, pour vous permettre de réparer symboliquement de manière éducative quelque-chose vis-à-vis de la société parce que vous avez commis une faute… Face à cinq jeunes, de 14 à 17 ans, à peu près comme vous, il n’est pas facile de prendre la parole en public, de se livrer, surtout un premier jour… Alors, le foot, c’est une aubaine, un ADSL haut débit pour confidences aussi, quand très vite il apparaît chez les 6 membres de cet atelier des «mots du foot», encadrés par Marie, l’éducatrice de l’UEMO de Sète, et Foot Citoyen, des expériences en club peu convaincantes qui les ont poussés à abandonner. A travers leurs motivations d’arrêt, la difficulté à tenir des objectifs et à passer d’une pratique plutôt plaisir à une plus compétitive et performante sont pregnantes… Pourtant, le ballon rond, ils aiment !

« On n’a pas le droit, mais… »
Et chacun de leur souvenir se teinte d’émotion, dévoilant au gré des mots une période plutôt heureuse de l’enfance et de l’insouciance, un lieu de rencontre avec d’autres jeunes, d’horizons divers, mais aussi d’adultes qui se doivent d’être des modèles éducatifs… Puis, peu à peu, nous sommes entrés dans le thème de cette session de 4 jours : la Loi, la Règle et leurs satellites, qui tournent de bouche en bouche : « Arbitre», «Autorité», «Respect», «Justice», «Injustice »… D’une main volontaire sur une pelouse verte, d’un hors-jeu non avéré, d’un penalty sifflé ou non, nous avons tracé une ligne parallèle, chargée de nous ramener vers notre quotidien. Au bout de la passerelle, le constat est unanime : « Sans Loi, ni règle, sans autorité pour les faire appliquer, c’est le bordel !» Pourtant, si les limites et sanctions sont à peu près connues, elles n’empêchent pas forcément le passage à l’acte délictueux car «On n’a pas le droit, mais…» «Y a pas de mais ! » Alors, Thierry Henry fait débat, comme celui qui grille un feu rouge, fume ou vend des produits illicites, dans une idée de «Pas vu, pas pris», contraire à la responsabilisation et à la citoyenneté, et d’une insouciance et inconscience par rapport aux actes, leur gravité et les sanctions possibles… Comme si les conséquences sans réelles conséquences d’une faute commise dans la surface de réparation pouvaient être les mêmes que pour une infraction commise au Code pénal ! Soyons sérieux…

 

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La question de l’autorité masculine
D’ailleurs, il le faut, car c’est l’heure de la préparation des interviews. Demain, au Collège Las Cazes, après des ateliers pratiques, ballon au pied, drapeau en main et sifflet à la bouche, se dresseront, face à eux et à une vingtaine de jeunes participants, sur l’estrade de l’amphithéâtre, Monsieur Damien Ledentu, arbitre de Ligue 1, Sandrine Corneille, arbitre de Dsitrict et Patrice Ingrat, formateurs de jeunes arbitres, dans la classe éponyme de ce Collège classé en ZEP. A l’écoute des premières questions, à l’attention de l’arbitre féminine, on se dit que le prochain atelier portant sur les a priori ne sera pas de trop : «Connaissez-vous toutes les règles du football ?» Une question à laquelle les hommes n’auraient, dans l’imaginaire de nos participants, pas à répondre… La femme, l’homme, la mère, le père, pas de doute, le ballon rond mène à tout, même à la question d’une autorité masculine quasi intouchable, surtout si la sanction peut s’avèrer être lourde. Question après questions, les adolescents enfilent leur costume d’intervieweurs, répétant leurs mots, éloignant leur trac, travaillant leur confiance face à des écrits, des interrogations, des actes posés…

Exit la règle du hors jeu
Dans le minibus dans lequel les six journalistes du jour ont pris place, on trouve des feuilles de questions imprimées et des petits sacs de sport. Car, en préambule aux questions et au débat, on va d’abord jouer au football, participer à des ateliers thématiques pour bien appréhender la loi, la règle, l’autorité et la sanction, en compagnie des élèves de la classe arbitre du Collège Las Cazes. Le froid est piquant, le mélange avec les «locaux» un peu difficile au départ. Puis le ballon joue son rôle de lien. Une passe, un match, et les barrières s’estompent. On joue «libre» pour commencer, où les acquis, les règles simples s’imposent naturellement chez chacun. Et exit donc la règle du hors jeu, jugée trop complexe… Tiens, ce pourrait être une idée qui éviterait pas mal de contestations. Au fil de parties courtes, des ajustements sont faits, des règles sont décidées collectivement, où on marque dans telle zone ou de la tête, par exemple… On se saisit du drapeau de touche, on se retrouve arbitre central, on découvre la responsabilité de devoir prendre une décision, immédiatement. En clair, construction d’une règle, acceptation par le collectif, mise en application, interprétation, sanction… Mais le froid est féroce, et il oblige à se diriger plus vite que souhaité vers l’amphithéâtre où nous attendent les trois arbitres.

Ecoute et relance
L’appréhension est palpable chez «nos» jeunes. Elle ne dure pas. Et une, et deux, et trois questions, et l’interview est lancée, vivante, interactive, conduisant doucement les poseurs de questions à sortir du rassurant canevas scolaire. On écoute, on rebondit, on relance, on approfondit… Des anecdotes font sourire, comme celle de Damien Ledentu expliquant qu’à l’issue de son premier match, trop honnête, il avait été frappé par un membre de son équipe. Le respect supérieur de la femme arbitre par les garçons énoncé par Sandrine est, lui, jugé normal… Elocution claire, voix audible, les journalistes n’ont pas failli, les intervenants non plus, autour d’un échange riche et «intéressant».

Onze idéal et bilan
Le lendemain, retour au collège, mais cette fois pour assister à un cours d’arbitrage dans une salle de classe. Une formule peut-être trop scolaire, face à des règles de jeu, des explications qu’ils disaient maîtriser ou savoir et le discours d’un formateur d’arbitres parfois « limite », les jeunes perdent quelque peu le sens de la démarche et deviennent plus impatients… Cinq jours plus tard, pour la réalisation d’un Onze idéal autour du respect de la loi et de la règle, qui permet de poser les choses, l’attention est à nouveau-là, les «acteurs» dans la réflexion et l’action, loin de leur passivité initiale de façade. La petite phrase de début de séance a trouvé preneurs : « L’arbitre a toujours raison, surtout quand il a tort ! »

Frédéric Hamelin (Article paru dans Foot Citoyen Magazine n°29 – JANVIER 2012)