Accrochage et réconciliation avec un parent

(Contexte) Chaque semaine, David, membre de Foot Citoyen et entraineur en catégorie U13, partage un élément de coaching, une question liée à la gestion de ses joueurs et du jeu. Chaque thème est inspiré d’une situation vécue lors d’un match ou d’un entrainement.

 Episode 4 

Cadeau de fin de saison : pendant la fin du dernier match, alors que les jeunes prenaient but sur but, j’ai eu un (très) vif échange avec un parent. L’occasion, quelques heures plus tard, de s’excuser, s’expliquer et confronter nos points de vue. En toute intelligence, cette fois ci.

C’est ce que l’on appelle une fin de match difficile, un trou d’air, un passage à vide, une demontada… On joue le dernier quart d’heure du dernier match de la saison, et mon équipe U13 prend le bouillon. Après avoir mené 2-0, s’être fait rejoindre à 2-2, mes joueurs craquent et prennent but sur but, 4 exactement en 15 minutes. Aie, je suis embêté, déçu pour les jeunes. Je n’ai pas envie que ce match leur laisse une impression négative, alors qu’ils ont montré un super état d’esprit et de belles intentions dans le jeu pendant trois quarts d’heure. Dans les derniers instants, un défenseur – qui se faisait passer à chaque fois – me dit qu’il n’arrive plus à respirer et demande à sortir. Je lui dis d’aller discuter avec son père, à travers le grillage, pour vérifier que tout va bien (même si son malaise semble plutôt dû au calvaire que lui faisait vivre son adversaire). Quelques secondes après, j’entends le père s’énerver sur son fils, lui intimant entre autres d’arrêter de pleurnicher pour rien : ça me met aussitôt hors de moi, je lui crie d’arrêter de lui parler comme ça. Le père se lâche, me dit son avis sur ma manière d’entraîner, et me reproche en gros de ne pas assez motiver et mettre de pression sur les jeunes, et que je ferais mieux de m’énerver sur eux plutôt que sur lui. Je lui propose alors de créer son club et d’entraîner, on se provoque, on s’énerve. Ca ne vole pas haut, qui plus est devant les enfants. Belle manière de finir la saison, n’est ce pas ?

Exercice d’introspection : que s’est-il passé ?
J’ai forcément pensé à cet incident les heures qui ont suivi. Ma première question a été : pourquoi ai-je craqué ? Quel élément a déclenché cette montée en pression ? Il y a eu des antécédents avec les parents, pendant la saison, et je n’avais déjà pas apprécié certaines remarques après des défaites. Je savais que certains mettaient une pression négative sur leurs enfants et j’avais déjà eu avec eux une discussion sur l’importance de la victoire, de la « gagne ». Quelle place lui accorde-t-on ? Pour moi, cela a toujours été clair : le plaisir, la cohésion et la progression d’abord. Et tant mieux si on gagne. Je me pose parfois des questions sur la manière de motiver les jeunes et de les amener à se dépasser encore plus, mais je ne tolère pas qu’on leur transmette une pression négative. Le père du joueur, en lui criant dessus, avait semblé trahir ce principe que j’avais fixé avec l’équipe. Le fait qu’il s’énerve à travers le grillage, alors que le joueur était encore à l’intérieur du terrain – et donc sous ma responsabilité – n’a fait qu’aggraver ce sentiment. Et donc, pour toutes ces raisons, je n’ai pas supporté, j’ai craqué et j’ai crié. Et c’est là, je pense, mon erreur : je n’aurais pas du reprendre le père sur ce ton, et surtout devant son fils.

Indulgence et réflexion
Les autres entraineurs présents m’ont apporté leur soutien, les adversaires m’ont dit que eux aussi avaient les pires difficultés avec les parents, qu’ils étaient un fléau du football etc. Cet acharnement et cette généralisation rapide – que l’on fait tous – contre les parents m’a finalement poussé à l’indulgence et à la réflexion. Il m’a semblé absurde qu’on se parle de cette manière sur un terrain, et que l’on avait tout intérêt, entre adultes responsables, à se parler et à confronter nos points de vue.

L’appel à un ami
J’ai donc appelé le père en question, en fin d’après-midi. Je lui ai expliqué que je ruminais cet épisode et que je n’aurais pas du lui parler comme ça. Il m’a répondu sur le même ton : il a réfléchi de son côté, admis avoir été trop loin et conclu qu’il allait devoir se calmer quand il irait voir son fils. Ca prenait bonne tournure ! Puis on a tranquillement échangé nos points de vue. La discussion a été très intéressante, et a porté sur le comportement de l’entraîneur pendant un match, et sur la façon de motiver l’équipe. Pour lui, comme pour d’autres « suiveurs » du club, je suis réputé « trop gentil » avec les joueurs. Toute la nuance est dans ce « trop » qui est, pour moi… de trop. J’évoquerai ce point dans le prochain épisode, car il est capital.

S’écouter avant de juger
Pour finir, j’étais très content et soulagé d’avoir pu clarifier les choses avec le parent. Notre petite engueulade a sûrement permis d’aborder et régler le problème plus vite, mais je ne conseille pas le procédé, notamment pour ce qu’il montre aux jeunes en termes de maîtrise de soi. C’était une réaction humaine, certes, mais non recommandée. Cette histoire prouve aussi qu’il n’y a pas d’un côté le camp du bien (les entraineurs) et celui du mal (les parents), mais simplement des gens aux points de vue différents. Prenons simplement le temps de nous écouter.